
A l'heure où la question environnementale et le développement durable semblent, bien que trop tardivement, avoir enfin trouvé un écho conséquent auprès du plus grand nombre, on ne peut que se désoler d'observer la faible part de déchets ménagers recyclés, part infime en comparaison à la quantité de matière incinérée, perdue. Comment, dans une société de surconsommation, et donc de « sur-emballage » parvenir à concilier économie et écologie ? Si la solution existe depuis un certain temps, à travers le « Point d'Apport Volontaire », pourquoi la collecte sélective semble encore trop souvent, pour ceux qui la pratiquent, considérée comme un acte isolé, presque engagé ?
Si le PAV est une réalité, ses abords et son utilisation ne sont malheureusement presque jamais agréables, et il n'est que rarement bien intégré dans le contexte au sein duquel il est placé, faisant peut-être du détour à la collecte sélective une corvée parfois plus difficile et contraignante encore que la sempiternelle « sortie des poubelles », avec son lot de sacs noirs entassés sur les trottoirs. Des centres-villes animés aux villages les plus calmes, des quartiers populaires aux banlieues aisées, il est étonnant de constater à quel point ces espaces de tri sélectif semblent inadéquats, tantôt repoussés dans des zones peu considérées, tantôt parachutés sans logique, au milieu d'une place, d'une rue, ce qui ne fait finalement que nuire à leur utilisation.
Recycler ses déchets ménagers et ainsi utiliser le PAV ne doit plus être un acte « volontaire », mais un acte « naturel ».
Le concept proposé offre ainsi un élément urbanistique ludique dans son utilisation et éphémère, changeant, dans sa matérialisation. En effet, le projet est conçu comme un module intermédiaire entre le conteneur aérien, très massif par définition, et le conteneur enterré, trop discret quant à lui.
Volumes présents et distincts à l'état vide, les trois conteneurs, grâce à un mécanisme simple, s'enfoncent dans le sol au fur et à mesure de leur remplissage, pour retrouver le niveau du sol une fois pleins, et dévoilant alors une seconde fonction urbanistique simple : celle de parterre végétal ou encore de banc. La matière recyclable déposée est assimilée, absorbée dans la terre, le geste du tri devient actif, naturel dans le fond et dans la forme.
C'est de sa disparition, de sa dématérialisation que le projet de nouveau « Point d'Apport Volontaire » tire toute sa force : ce n'est plus une boite figée, un conteneur à déchets dans la ville, presque un obstacle, mais un îlot vivant, une balance, un poumon, dont les respirations et les cycles offrent un dialogue permanent tant avec les utilisateurs qu'avec les simples passants.
Les trois éléments, par leurs volumes, leurs couleurs et leurs utilisations, se distinguent nettement les uns des autres tout en déployant cependant une unité visuelle et esthétique claire. Ainsi, les trois modules sont des volumes de plastique coloré selon les codes chromatiques établis pour les déchets leur étant destinés : le vert (3,5 mètres cubes) pour les emballages en verre, le jaune (3,5 mètres cubes) pour les plastiques, briques et emballages métalliques, le bleu (4,8 mètres cubes), enfin, pour les papiers et cartons (si les couleurs reprennent les codes existants, il s'agit en revanche de trouver une gamme colorimétrique plus douce et plus subtile, en rupture avec les tons vifs et hurlants des conteneurs actuels.)
Ces modules sont tous trois parés, recouverts, d'une « armure » en acier corten, matériau léger, résistant et simple d'entretien, dont l'aspect et la couleur forment une référence directe à la matière terreuse, dont les blocs/conteneurs sont directement extirpés. Cette armure est composée de deux faces fonctionnelles et de deux faces esthétiques, sous la forme de deux angles droits. Les faces fonctionnelles : c'est de ces côtés que sont glissés les déchets par des ouvertures appropriées à leur fonction : de grandes fentes verticales toute hauteur permettent de glisser les cartons volumineux une fois repliés, évitant ainsi de les abandonner aux abords du site, de larges « bouches », sur plusieurs niveaux, pour les plastiques, briques et boites de conserve, quant au verre, c'est par des ouvertures sommitales que les bouteilles sont glissées, épargnant à l'utilisateur une peu agréable coulure de vin sur ses chaussures ! Dans une vocation pédagogique, toutes ces ouvertures sont facilement accessibles par les plus jeunes enfants ; et dans la même optique, une signalétique de graduation gravée sur ces faces, les niveaux, indique, à travers quelques exemples ludiques et concrets, des informations relatives au recyclage en fonction du niveau de remplissage du conteneur. Ainsi, on pourra lire : « une tonne de briques alimentaires recyclées permet de préserver 2 tonnes de bois ; à ce niveau 20000 journaux sont fabriqués », lorsque le conteneur sera enterré au tiers, et ainsi de suite. Les faces esthétiques : elles marquent visuellement la « personnalité » des différents blocs, à travers un jeu de perforations. Les motifs évoquent une esthétique minérale, sismique, ce sont les « strates » de la géologie urbaine.
Une fois pleins, le poids des déchets ayant fait « fondre » les conteneurs dans le sol, ces-derniers « rendent » à l'espace urbain, et à la nature, leur superficie : des bacs minces au sommet permettent à des espèces végétales sauvages peu exigeantes de s'implanter, celles-ci étant simplement ordonnées par une légère structure métallique. On peut alors sans difficulté imaginer les profils singuliers des blocs selon la région où ils sont posés : couverts de lilas sauvages et d'euphorbes au Mans, de plantes grasses et de graminées à Nice,? Le banc formé par l'un des blocs permet alors de profiter pleinement de ce nouvel espace urbain.
En jouant sur plusieurs niveaux de lectures, sur différentes symboliques, le projet s'inscrit dans une notion contemporaine du recyclage, dans une logique simple, impossible avec les « Points d'Apport Volontaire » actuels. Le tri sélectif n'est plus contraignant, il est évident.